Les accouplements peuvent avoir lieu à n'importe quelle saison, mais c'est l'hiver que nos tigres des neiges choisissent le plus souvent de s'accoupler. Lorsqu'elle est en chaleur, la femelle marque les arbres d'urine et de griffures. Son territoire étant souvent coupé par celui d'un mâle, elle attend que celui-ci, guidé par les indices odorants, vienne à elle. Ils peuvent également, chacun à leur tour, pousser des feulements pour se retrouver. Si deux mâles convoitent la même femelle, une farouche lutte peut avoir lieu. La plupart du temps, un des deux abandonne et part pendant les tentatives d'intimidation. Mais, plus rarement, un terrible combat s'ensuit... Néanmoins, la femelle est finalement seule juge, et ne se laisse pas forcément impressionner par le combat. Elle peut choisir aussi bien le gagnant que le perdant... ou même n'en choisir aucun et abandonner les deux bagarreurs à leur sort!
Toutefois, comme les territoires son très vastes en Sibérie, la femelle peut parfois être obligée de partir à la recherche d'un mâle...
Une fois réunis, les deux tourtereaux ne passent pas forcément tout de suite à l'action. La femelle aime se faire désirer, et il peut arriver que le mâle subisse une courte période de rejet! Le mâle, frustré, n'emploie pas la force (le viol n'existe pas chez le tigre et même chez la plupart des animaux) et se contente de bougonner dans son coin, tout en tentant sa chance régulièrement. Mais la nature reprend toujours ses droits, et très vite, la femelle, plus réceptive, est prête à l'accouplement, pour la plus grande joie du mâle. D'abord, quelques préliminaires, à base de frottements allant de très tendres à plus virils, de poursuites et de roulades, puis de mordillements dans le cou. Enfin, l'accouplement peut avoir lieu.
La tigresse n'est réceptive que de trois à sept jours. Durant cette période, le mâle et la femelle peuvent s'accoupler de 20 à 50 fois par jour! Ils passeront ensemble toute la période des chaleurs. Dans ce laps de temps, c'est le mâle qui chasse et qui rapporte de quoi manger à sa femelle. Il lui laisse même le soin de manger en premier, et attend sagement son tour. A la fin des chaleurs, le mâle partira et il s'accouplera avec une autre femelle si l'occasion se présente.
Lorsque les tigres s'accouplent hors de la saison froide, il n'est pas rare qu'ils aillent dans l'eau pour éviter d'être dérangés par les mouches.
En captivité, un mâle et une femelle peuvent s'accoupler sur des périodes beaucoup plus longues! Il a été observé, chez le scientifique Victor Yudin, des accouplements sur une durée d'un mois, à raison d'une vingtaine de fois par jour.
Après les accouplements, la femelle reste seule sur son territoire, le mâle ne participant aucunement à l'éducation des enfants. Chez les tigres, si l'instinct maternel est incroyablement présent, l'instinct paternel est lui totalement absent...
Le tigre est un mammifère placentaire, le développement se fait donc entièrement à l'intérieur de la mère. La durée de la gestation est de 95 à 112 jours. Alors, la tigresse met bas 2 à 4 petits (plus rarement, il peut y en avoir jusqu'à 7) dans une tanière de son territoire; généralement une grotte, mais parfois aussi sous couvert de buissons et autres végétaux aidant à dissimuler sa présence. Mais toujours, la tanière doit se situer à proximité d'un point d'eau.
La tigresse n'abandonne que très rarement ses tigreaux: mais il peut arriver qu'un bébé naisse avec des malformations ou autre handicap. La loi de la nature étant impitoyable, la tigresse élimine alors le petit, jugeant ses chances de survie quasiment nulles. Cela évitera au bébé malchanceux de souffrir inutilement pour de toute façon finir par mourir rapidement, d'une manière ou d'une autre. Il ne faut pas voir ici un comportement cruel, mais plutôt un comportement logique dans un environnement où être faible ne pardonne pas. Dans la nature, malgré la protection et l'extrême vigilance de leur mère, la moitié des jeunes environ meurent avant l'âge adulte. Par contre, en captivité, si une femelle peut s'accoupler normalement, elle abandonne assez souvent ses petits. Heureusement, les scientifiques veillent pour récupérer les tigreaux et s'occuper d'eux.
Les jeunes tigres sont aveugles à la naissance, leurs yeux s'ouvrent la deuxième semaine, âge auquel les dents commencent à pousser. Si le plus souvent ils pèsent environ 1 kg à la naissance, leur poids peut atteindre quelques fois près de 2 kg, et peut quintupler en quelques semaines. Ils passeront le plus clair de leur temps à dormir et à téter. C'est à 2 mois qu'ils sortent de la tanière: ils peuvent commencer à manger des aliments solides, et la mère leur rapporte de la viande tout en continuant de les allaiter jusque vers l'âge de 6 mois. Durant cette période, lorsque la femelle part chasser, elle conduit ses petits dans une nouvelle cachette, où ils doivent parfois attendre leur mère toute la journée. Instinctivement, ils savent qu'en l'absence de leur mère, leur meilleure protection est le silence. Ils ne bougent pas en l'attendant. La tigresse, de son côté, essaye d'effacer toute trace de son passage, notamment au retour de sa chasse; elle ne revient jamais en ligne droite, mais préfère suivre un parcours sinueux en posant ses pattes sur les pierres afin de ne pas laisser de traces. Toutefois, l'hiver et la neige la trahissent bien souvent... Mais la tigresse sait faire face au danger et défendra ses petits très férocement si besoin est. A son retour de la
chasse, elle leur rapporte souvent des petites proies, mais si la proie est trop grosse pour être transportée, elle conduit les tigreaux jusqu'au cadavre où ils pourront se rassasier, avant que leur mère ne les conduisent dans une nouvelle cachette. Ce manège peut parfois durer 5 jours de suite. La mère laisse toujours manger ses petits en premier, et veille aux alentours que rien ni personne ne vienne déranger sa progéniture. Gare à l'intrus qui osera s'aventurer trop près!
Les bébés adorent jouer, gambader autour du repaire, faire des culbutes et autres acrobaties, et surtout se disputer avec leurs frères et s½urs. En dehors de poursuivre des insectes, comme des papillons, les tigreaux pratiquent l'art de la bagarre amicale. C'est dans ces jeux, parfois virils mais jamais méchants, qu'ils apprennent les premiers rudiments du combat et de la chasse, indispensables à leur survie future!
Leur mère est une remarquable éducatrice. Elle s'occupe toute la journée de ses tigreaux, les lave avec sa langue râpeuse et peut parfois participer à leurs jeux, d'autant que les petits ne lui laissent pas toujours le choix: ils ont une fâcheuse tendance à jouer avec la longue queue de leur maman, mais celle-ci se prend au jeu et les laisse faire le plus souvent. Quand les petits s'éloignent trop, elle les rappelle à l'ordre d'un râlement aigu. Elle les accompagne aussi dans leurs escapades. Quand les petits suivent leur mère, ils le font en file indienne. Si jamais ils la perdent de vue, ils miaulent haut et fort, et maman vient tout de suite les chercher.
Arrivés à l'âge de 6 mois, les petits tigres pourront suivre leur mère à la chasse. Ils en ont déjà appris les rudiments à travers leurs jeux, mais cette fois-ci, ils devront observer attentivement leur mère! Ce ne sera pas chose facile: les petits sont parfois indisciplinés et peuvent avoir envie de jouer au moment fatidique de l'approche d'une proie, ce qui mettra fin prématurément à la chasse. La mère devra faire preuve de patience et d'autorité afin que ses petits restent bien concentrés sur la chasse.
Ils apprendront toutes les techniques de combat et de chasse en observant les comportements et attitudes de leur maman. Ils reproduiront ensuite ce qu'ils ont vu et calqueront sur leur mère les mouvements observés. La tigresse pourra alors inciter ses rejetons à chasser d'eux-mêmes. Ils testeront tout d'abord leurs aptitudes sur du petit gibier, puis plus tard sur de plus grosses proies. Cela ne va pas sans risques, car les proies auxquelles s'attaquent les petits peuvent les blesser, voire même les tuer! Mais c'est le prix à payer pour devenir un chasseur chevronné et pour pouvoir subsister seuls à l'âge adulte. Ceci dit, la mère est toujours aux côtés de ses petits, même pendant la chasse. Elle peut ainsi observer et corriger les erreurs, et éventuellement prêter main forte à un tigreau en difficulté.
Outre l'art du combat et de la chasse, les petits apprennent aussi l'art d'escalader les arbres, chose qu'ils font souvent étant jeunes, mais plus rarement arrivés à l'âge adulte. Mais plus important, ils apprennent aussi l'art de la nage, qui leur sera bien utile plus tard, pour traverser des cours d'eau, pour chasser du gibier aquatique (le tigre de Sibérie mangé régulièrement du poisson) et aussi tout simplement pour prendre un bain et se prélasser.
Arrivés à l'âge d'un an, les mâles sont presque aussi grands que leur mère; les femelles sont légèrement plus petites. A deux ans, ils savent déjà tuer les grosses proies, et s'autorisent un semblant d'autonomie, mais ils utilisent toujours le territoire maternel. Ils ne quitteront définitivement leur mère qu'entre 3 et 5 ans, cette dernière leur ayant signifié fermement qu'il était temps de partir. Ils devront céder la place à la nouvelle portée, car la mère est de nouveau en chaleur et cherchera à s'accoupler une nouvelle fois.
Les jeunes adultes qu'ils sont alors devenus partent alors en quête de leur propres territoire et d'un partenaire. Bien que le tigre n'ait aucun prédateur, il devra tout de même faire attention car la taïga est pleine de pièges pour un jeune tigre inexpérimenté. Il arrive d'ailleurs que les tigres d'une même portée restent ensemble pendant quelque temps avant de se séparer définitivement. Ils se trouveront alors un territoire bien à eux, et un partenaire sexuel. La maturité sexuelle pour les mâles est de 4 à 5 ans. Chez les femelles, de 3 à 4 ans.
A leur tour maintenant de donner naissance à des petits tigreaux!